Être chrétien !

Une rumeur monte avec insistance : « Il faut que les chrétiens retrouvent et affirment leur identité ! ». Mais, pour que la rumeur ne tourne pas à l’obsession seulement, expliquons-nous d’abord sur le mot : être chrétien, finalement qu’est-ce que c’est ?

Chapelle du couvent des dominicains de Louvain-la-Neuve, Saint Dominique  2012

Les premiers chrétiens ignoraient une telle obsession. Ils ne revendiquaient aucun nom. A Antioche, vers 45, ce sont les autres qui ont inventés pour eux ce titre : « chrétiens ». Auparavant, entre eux, ils s’appelaient « disciples de Jésus », mais aussi « frères », « croyants », adeptes de « la Voie », et même « les saints ».

Ils n’ont pas inventé le terme « chrétien » et moins encore celui de « christianisme » ou de « religion chrétienne ». Ils auraient été très surpris si on leur avait dit qu’ils inauguraient une « religion » nouvelle. Du reste, ils ignoraient même le terme de « religion ». C’est une notion latine qui s’introduira plus tard dans la langue de l’Église. Religieux, ils l’étaient pourtant, mais pas superstitieux comme ces Athéniens toujours en quête de nouveaux Dieu que saint Paul affrontera sur l’Agora. Leur Dieu était celui qui s’était révélé à Moïse. Celui qui avait fait alliance avec son peuple. Le Dieu trois fois saint, unique. Qu’ils soient juifs ou païens sympathisants avec ce Dieu unique, le premier commandement, pour eux, était bien celui du Deutéronome : « Écoute, Israël : “le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force.” ». Ils sont bien un rameau greffé sur le tronc antique de l’olivier juif.

Le Dieu d’Israël est leur Dieu. Mais il l’est parce qu’il est le Dieu de Jésus-Christ. Ici s’introduit la nouveauté. Nouveauté non seulement dans l’image qu’on se fait de Dieu. Mais plus encore dans la relation qu’on entretient avec lui. C’est bien le même Dieu, mais vu et vécu autrement. A Marie-Madeleine, le Christ ressuscité confie un message pour « ses frères » : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.  » (Jn 20, 17). Le Dieu de Jésus-Christ est son Père. Il en est le Fils. Sa résurrection est la manifestation de l’amour tout-puissant du Père pour son Fils. Sur la Croix, la confiance filiale de Jésus a été plus forte que l’angoisse de la mort. En réponse à la confiance de celui qui lui a remis son esprit, le Père donne à Jésus la puissance de l’Esprit qui est la vie même de Dieu »

Dès lors, et c’est là la nouveauté absolue, le point central de la révolution chrétienne, nous n’avons pas seulement à nous tenir devant lui. Nous sommes introduits en Lui. « Mon Père et votre Père » dit le Jésus à Marie-Madeleine. Le Christ nous emmène avec lui. Il est la « porte » qui nous donne accès à l’intime de Dieu.

Certes, pour nous comme pour Jésus, le Père reste le Père : celui qui est au-dessus de tout, inaccessible. Abîme d’où tout procède et rien ne peut égaler. Lumière au-delà de toute lumière. Mais c’est notre Père. Il nous prend pour ses fils. Il nous voit tous au travers du visage de son Fils. Nous sommes pour lui, chacun de nous, comme un reflet du visage de Jésus. Dès lors, notre relation à lui devient une relation filiale. Et si l’on parle encore de « crainte de Dieu » c’est pour dire le respect de son absolue sainteté. Dans nos cris, le Père entend l’écho de la voix de son Fils.

Pas besoin de chercher ailleurs

Situation inouïe. On aurait bien du mal à faire entrer le « christianisme » dans la catégorie de « religion » en général dont il ne serait qu’une espèce. Les premiers chrétiens, pourtant, comme leurs ancêtres juifs, rendaient un culte à Dieu. Ils ont donc dû inventer des pratiques « religieuses » nouvelles, un culte centré sur l’Eucharistie. Mais l’Eucharistie de l’autel serait un rite vide si elle ne se prolongeait pas dans l’eucharistie de la vie. L’une et l’autre sont des dons de Dieu. Seul l’Esprit peut nous donner de livrer notre vie par amour, quotidiennement, dans ces humbles gestes du service fraternel dont le Christ nous a donné l’exemple en lavant les pieds de ses apôtres. Être « chrétiens » c’est donc cela. Être animé par l’Esprit du Christ et vivre en fils de Dieu dans la confiance et la liberté de l’Esprit. Pas besoin d’autre étiquette pour être fidèles à notre vocation « chrétienne ». Pas besoin de se fatiguer à chercher ailleurs notre identité.

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