Tous les chemins mènent à Rome !

Capture d'écran du site OmnesViae

Si vous aimez l’histoire, la cartographie, ou si vous avez simplement passé des heures à optimiser vos colonies et vos routes commerciales dans vos jeux de simulation préférés, voici une pépite numérique qui devrait vous intéresser.

Le dicton affirme que « tous les chemins mènent à Rome ». Mais comment s’y rendait-on concrètement au IVe siècle de notre ère ? Pour le savoir, un site internet hors du commun propose de transformer votre écran en un véritable GPS de l’Antiquité : OmnesViae.org.

Découvrez cet outil stupéfiant, à mi-chemin entre la rigueur académique et la pop-culture numérique.

Le Waze de l’Empire romain

Conçu initialement par l’historien et spécialiste du web-archivage néerlandais René Voorburg, OmnesViae (« Tous les chemins » en latin) est un planificateur de trajet interactif basé sur de véritables données historiques.

Le principe est d’une simplicité enfantine, calqué sur nos applications de navigation modernes : vous entrez un point de départ (Origo) et une destination (Destinatio) en utilisant les noms latins de l’époque — ou leurs équivalents modernes — et le site calcule pour vous le chemin le plus court à travers le réseau routier de l’Empire.

Vous voulez savoir combien de milles romains séparaient Lutetia (Paris) de Roma (Rome) ? En quelques clics, le site génère l’itinéraire précis, étape par étape, en s’appuyant sur le tracé des anciennes voies romaines.

La mystérieuse Table de Peutinger

Pour accomplir ce prodige géographique, OmnesViae s’appuie sur une mine d’or historique : la Tabula Peutingeriana (ou Table de Peutinger).

Inscrite au registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO, il s’agit de la copie médiévale (datant du XIIIe siècle) d’une ancienne carte romaine du réseau des routes publiques (cursus publicus) réalisée aux alentours de l’an 300 de notre ère.

L’originalité de la carte antique réside dans sa forme : un rouleau de parchemin très long et étroit (environ 6,75 mètres de long pour seulement 33 centimètres de haut). Totalement disproportionnée d’un point de vue topographique, elle s’apparentait davantage à un plan de métro moderne : l’important n’était pas le réalisme des côtes ou des montagnes, mais l’ordre des stations (les cités) et les distances qui les séparaient.

Une prouesse technique et collaborative

Là où OmnesViae devient brillant, c’est qu’il transpose ces milliers de points et d’étapes antiques sur une carte du monde contemporaine (OpenStreetMap).

Pour y parvenir, le site combine des travaux de recherche colossaux :

  • Les analyses académiques de l’historien Richard Talbert (Rome’s World: The Peutinger Map Reconsidered).
  • Le projet communautaire Pleiades, qui géolocalise les lieux anciens.
  • Des adaptations spécifiques (matérialisées par des pointillés) pour simuler quelques liaisons maritimes indispensables.

Le petit plus pour les passionnés : Le site a bénéficié d’une refonte complète et propose désormais une architecture ouverte. Les données du réseau sont accessibles via un fichier standardisé (JSON-LD). Si vous n’êtes pas d’accord avec l’identification d’une ancienne colonie romaine ou la distance d’une étape, vous pouvez charger votre propre jeu de données pour tester votre vision de la géographie antique !

En route vers le passé

Que vous soyez un enseignant cherchant à illustrer la vitesse de circulation de l’information sous l’Empire, un auteur en quête de réalisme pour un récit historique, ou juste un esprit curieux, OmnesViae offre une expérience immersive unique.

C’est le rappel fascinant que, bien avant la création de nos autoroutes et de nos lignes de train à grande vitesse, l’Europe et le bassin méditerranéen étaient déjà connectés par un maillage d’une efficacité redoutable.